Samba no Bixiga  (Adoniran Barbosa) 1956


Domingo nós "fumo" ( fomos ) num samba no Bixiga,
na rua Major, na casa do Nicola.
A mesa não deu conta,
saiu uma baita 'duma' ( de uma ) briga,
era só pizza que avuava junto com as"braxola" (bracholas).

'Nóis' ( nós )  era estranho no lugar
e não 'quisemo' ( quisemos ) se meter,
não 'fumos' ( fomos ) lá 'pra' ( para ) briga, nós 'fumos' ( fomos ) lá 'pra' ( para ) "come" (comer).
Na hora "h" 'se enviemo'  ( nos enviemos ) de baixo da mesa
'fiquemo' ( fiquemos )  ali, que beleza vendo a nicola 'briga'  ( brigar ) ,
dali a pouco 'escutemo' ( escutamos )  a patrulha 'chegá' ( chegar )
e o sargento Oliveira 'falá' ( falar ).

'Num' ( não )  tem importância,
foi chamada as ambulância (s),
'carma' ( calma )  pessoal,
a situação aqui está muito cínica,
'os mais pior vai pras clínicas" ( os piores vão para as clínicas - para os hospitais ) .

 

P.s: la transcription en "bon portugais" des mots en gras a été gentiment effectuée par Denize.


 

adoniran barbosa samba no bixigaAdoniran Barbosa,de son vrai nom João Rubinato (6 août 1910 à São Paulo - 23 novembre 1982)
Ce fils d'immigrés italiens est un homme de plusieurs trajectoires et histoires.
C'était un animateur de  radio,un humoriste,un acteur et,bien sûr,un compositeur et un interprète.
Il doit son surnom à un personnage qu'il incarnait à la radio et pour lequel il a emprunté définitivement le nom.
Les sujets et les personnages de ses sambas sont tirés de la vie quotidienne de São Paulo.
Son écriture est particulière car il utilisait beaucoup l'argot et l'ortographe n'était pas sa priorité;c'est d'aillleurs tout ce qui fait tout son charme.
Adoniran est mort aussi pauvre que quand il est né! Il gaspillait tout son argent avec ses amis en profitant bien de la vie.
Son carburant était la réalité ,alors pourquoi aurait'il du se priver de ce qu'il aimait faire.
Il est mort pauvre mais il vécut heureux et intègre.


 

Samba à Bixiga (Adoniran Barbosa) 1956

Dimanche nous sommes allés à Bixiga pour la samba
de la rue Major,chez Nicola.
La table n'a pas tourné rond,
il y a eu une sacrée bagarre,
il n'y avait que les pizzas qui voltigeaient avec les roulés de viande.

Nous nous sommes sentis bizarre dans cet endroit
et nous n'avons pas voulu nous en mêler,
nous ne sommes pas allés là-bas pour nous bagarrer,nous y sommes allés pour manger.
A ce moment précis,nous nous sommes réfugiés sous la table,
nous y sommes restés,quel spectacle de voir la bagarre de chez Nicola,
d'ici peu ,nous avons entendu  la patrouille arriver
et le sergent Oliveira parler.

Cela n'a pas d'importance(c'est pas grave),
ils ont fait appeler les ambulances,
calmez-vous,
la situation ici est très cynique,
les plus atteints vont à la clinique.



Adorinan Barbosa s'amuse à imaginer une samba italienne avec du rififi au menu et une pincée de mafia pour relever les plats volants,les ébats et les débats.
La prose est traditionnelle,celle de son argot urbain ,un mélange de portugais teinté de connotations et références linguistiques "étrangères"....
L'action se situe dans un quartier populaire à majorité italienne de sa ville de São Paulo ,le quartier de Bixiga.
L'histoire de l'origine de ce quartier vaut son pesant de pâtes et d'antipastis.
Trois versions s'affrontent,toutes plus vraies les unes que les autres.
A la fin du 19ème siècle et avant l'explosion démographique de la ville de São Paulo,l'épicentre de ce futur quartier était un simple domaine de campagne,une sorte de refuge, qui accueillait un joyeux melting pot d'immigrés italiens qui voulaient travailler,d' esclaves en fuite ou de personnes en quarantaine,celles atteintes d'une maladie contagieuse comme la variole (bexiga en portugais) .
Le propriétaire de ces lieux,un certain Antônio José Leite Braga, fut lui-même atteint par cette variole,et il gagna donc le doux surnom de
Antônio Bexiga,son Domaine devint le Domaine de la variole et ,l'évolution urbaine voulut que le quartier héritât naturellement de se surnom "populaire".
La deuxième version se propose en adéquation avec le deuxième sens du mot "bexiga" en portugais,qui signifie également "vessie".
Son origine est plus ancienne encore puisqu'elle se situe vers la fin du 18ème ,alors que dans cette même région se trouvait un abattoir public qui vendait des vessies de bovins,tout simplement.
Et puis,il y a la troisième version qui est une bonne synthèse des deux premières.
Récapitulons!
"bexiga" en portugais signifie donc"variole" et "vessie".
Pour les habitants du quartier,le nom n'était pas très ...valorisant...mais ils ne voulaient pas perdre leur"identité".
Alors,peu à peu,peut-être par faute de connaissances ortographiques,peut-être par' italianisme" mais sûrement par commodité avec un peu de vanité,le nom de"bexiga" s'est transformé en "Bixiga",en nom propre dénué de tout sens,tout en gardant sa sonorité pour sauvegarder son identité.
C'est une belle histoire,simple et pleine de magie ,remplie d'immigrés italiens,d'esclaves ,de malades et de bovins .
Il faut alors se souvenir de cette réplique de l'acteur Adoniran Barbosa,dans le film Candinho (1954) de Abílio Pereira de Almeida,ou aux côtés de Mazzaropi ,il jouait le rôle d'un professeur "fantasque" de philosophie,le film étant lui-même inspiré du "Candide" de  Voltaire.
Cette réplique disait ainsi: "tudo acontece para o melhor deste mundo",ce qui dans la langue de Voltaire signifie" tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes".A moins que cela ne soit l'inverse...

Pour voir et écouter:

Adoniran Barbosa qui chante pour Elis Regina